Claude Bernard est le « père de la médecine expérimentale ». Avec lui s’ouvre une nouvelle ère qui met en avant l’expérience et valorise la place du laboratoire.

Claude Bernard rêvait d’une carrière d’écrivain. Ce fils d’une famille de marchands de vin avait même écrit un vaudeville et un drame en cinq actes! Mais lorsqu’il a tenté sa chance à Paris, son théâtre n’a pas enchanté grand monde, et un célèbre critique littéraire de l’époque lui a même conseillé: « Gardez la littérature pour vos heures de loisir, et faites plutôt de la médecine. »

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Une rupture conceptuelle majeure

Il ne s’était pas trompé. Claude Bernard, qui avait commencé dans le milieu comme simple apprenti dans une pharmacie lyonnaise, deviendra une sommité de l’histoire de la médecine. Il faut dire que Claude Bernard a tout simplement révolutionné le raisonnement médical permettant d’arriver au bon diagnostic et, finalement, au bon traitement.

« Claude Bernard a marqué l’histoire de la médecine essentiellement sur un plan conceptuel, confirme Alain Fischer, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de médecine expérimentale. Selon lui, pour faire progresser les connaissances, il fallait expérimenter: c’est-à-dire faire une hypothèse, la tester, obtenir des résultats, les interpréter, afin de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse de départ, et ainsi de suite. Ce raisonnement constitue, au XIXe siècle, une véritable rupture, insiste encore Alain Fischer. « Jusque-là, les biologistes observaient les corps, faisaient un certain nombre de descriptions, mais n’étaient pas capables d’aller au-delà et de relier leurs observations à des débuts d’explications. » Sa nouvelle démarche, Claude Bernard la couche sur le papier en 1865, dans son Introduction à la médecine expérimentale. L’ouvrage, qui lui ouvrira des portes de l’Académie Française, reçoit toutefois à sa sortie un accueil timide: « Il a fallu un certain nombre d’années pour que la démarche expérimentale de Claude Bernard soit suivie par le camp médical, corrobore Alain Fischer.C’est progressivement, et notamment sous la pression de scientifiques comme le Pasteur par exemple, qui a découvert l’existence des microbes grâce à la méthode de Claude Bernard, que la démarche a réussi à prouver son efficacité et convaincu le monde de son utilité pour les malades. »

Le bémol de la vivisection

Dans sa famille même, les expériences de Claude Bernard, qui nécessitent la dissection d’animaux sont vivement combattues. Sa femme, militante virulente de la cause animale, mena un combat acharné contre ses travaux. Le couple, marié en 1845, ne surmontera d’ailleurs pas ce point de mésentente et se séparera officiellement en 1870.

Depuis, le concept d’expérimentation théorisé par Claude Bernard a dominé toute l’évolution de la biologie et de la médecine. Aujourd’hui encore, nombre de scientifiques s’appuient sur cette démarche de recherche expérimentale pour comprendre les mécanismes des maladies. Le laboratoire, déjà si cher au savant du XIXe, restant en 2016 lelieu privilégié de production des connaissances.

 

Source: www.leprogres.fr

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