Tétards

Pour tester la plasticité du cerveau, des chercheurs ont greffé des yeux de têtards sur la queue d’autres têtards. Mais pourquoi ? Bien que la procédure puisse paraître macabre, elle pourrait nous en dire plus sur la façon dont les nerfs d’organes transplantés peuvent être utilisés pour se connecter au système nerveux central.

Le système nerveux peut faire preuve de plasticité, mais jusqu’à quel point ? À cette question la réponse pourrait conditionner de nombreuses avancées médicales, par exemple pour redonner la vue à des aveugles. Donc, ces têtards peuvent voir avec leur queue. Pour tester cette plasticité, des chercheurs ont eu l’idée de faire pousser un organe sensoriel, l’oeil, sur un autre endroit du corps, la queue. Le tout non pas chez l’Homme, mais chez le têtard. Ils ont pour cela utilisé un composé qui active les récepteurs de la sérotonine, le Zolmitriptan (déjà utilisé pour traiter les migraines).

« Le cerveau est remarquablement plastique« , explique le biologiste Michael Levin, de l’Université Tufts, qui a participé à cette étude publiée dans la revue NPJ médecine régénérative. « Un cerveau de têtard évoluant depuis des temps immémoriaux avec des entrées visuelles situées aux emplacements oculaires standards, comme nous, n’a absolument aucun problème à ramasser ces mêmes données visuelles depuis un autre emplacement« . En l’occurrence ici, la queue. « Cela signifie que le cerveau peut cartographier ses programmes de comportement sur de nouvelles architectures de corps, et ce sera utile à l’avenir » poursuit le chercheur.

Des primordias optiques, c’est-à-dire des cellules qui donneront naissance aux yeux durant le développement embryonnaire ont ainsi été prélevés sur des têtards puis greffés sur la queue d’autres têtards. La plaie guérie très vite assurent les chercheurs, invisible dans les 10 à 15 minutes après la chirurgie. Ces cellules se sont développées tout à fait normalement durant la croissance des receveurs, donnant ainsi naissance à des yeux ectopiques, puisque situés ailleurs que dans leur orbite. Plus surprenant, ces organes se sont montrés fonctionnels chez un certain nombre de têtards. La procédure, à première vu contestable, pourrait finalement nous en dire plus sur la façon dont les nerfs d’organes transplantés peuvent être utilisés pour se connecter au système nerveux central.

L’équipe avait déjà effectué ce genre de procédure en 2013. Non seulement les yeux des têtards avaient grandi normalement, mais certains d’entre eux se sont en plus révélés fonctionnels. Cette fois-ci ils sont allés plus loin, pour voir si le médicament neurotransmetteur zolmitriptan pourrait aider à stimuler l’acuité du signal visuel en favorisant l’innervation – le degré de fonctionnement et de la distribution nerveuse – entre l’œil implanté et le système nerveux central du têtard. Et il s’avère que les résultats sont positifs.

Le plus remarquable dans ces résultats, c’est finalement que les têtards ont pu voir aussi bien malgré le fait que leurs yeux n’avaient aucune connexion neuronale directe avec leurs cerveaux – uniquement le système nerveux central. « Le fait que les yeux greffés pourraient en effet transmettre des informations visuelles, même lorsque les connexions directes au cerveau sont absentes, suggère que le système nerveux central jouit d’une remarquable capacité d’adaptation« , explique le chercheur.

Bien sûr, étant donné la nature hautement expérimentale de cette recherche et le fait qu’à l’heure actuelle les effets n’ont été démontrés que chez les têtards, nous sommes loin d’être en mesure de pouvoir spéculer sur la façon dont ces résultats pourraient être reproduits chez l’homme. Cela dit, l’équipe reste optimiste. « Si un homme avait un œil implanté sur le dos relié à leur moelle épinière, pourrait-il voir ? Je pense que oui« , termine le chercheur.

Source : SciencePost

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