Patient dialyséParmi les millions de chômeurs de notre pays, les personnes souffrant de maladies chroniques évolutives tiennent elles aussi à faire entendre leur voix. Car, selon les chiffres dévoilés le 30 avril par l’association Renaloo, le taux d’activité de ces malades est d’environ 35 %. Certes, il est inférieur à celui de l’ensemble des handicapés (44 %), mais ce n’est pas une consolation pour les individus concernés. Et notamment pour les insuffisants rénaux au stade terminal, soignés par dialyse ou ayant bénéficié d’une greffe de rein (environ 76 000 personnes). Pour la première fois, près de 1 600 d’entre eux, âgés de 25 à 65 ans, ont répondu à deux enquêtes, l’une quantitative et l’autre qualitative, concernant l’impact de leur maladie sur leur emploi et leur niveau de ressources.

Il en ressort que les maladies rénales ont des conséquences lourdes sur l’activité professionnelle. Alors que plus de 80 % de la population générale de cette tranche d’âge a un emploi, le taux d’activité s’écroule lorsque les reins ne fonctionnent plus. Seuls 17,4 % des patients dialysés (qui n’ont pas – ou pas encore – eu accès à la greffe) ont un travail. C’est le cas de la moitié des bénéficiaires d’une greffe de rein. L’enquête montre aussi que les chances de rester dans l’emploi diminuent au fil des mois et des années en dialyse. « Une chose est sûre », note Yvanie Caillé, fondatrice de l’association Renaloo, à l’initiative des enquêtes, « la greffe assure de très loin une meilleure insertion sociale et professionnelle et des revenus plus élevés que la dialyse ».

Le travail, une motivation

« L’exclusion de la sphère du travail est d’autant plus douloureuse que le travail aide à la restauration de l’estime de soi. Il est structurant face au chaos engendré par la maladie », explique Christian Baudelot, sociologue et vice-président de Renaloo. Il explique dans le dossier de presse que le fait de reprendre une activité professionnelle après un arrêt est une motivation et un vecteur d’espoir. À l’inverse, la nécessité de revoir ses ambitions professionnelles du fait de la chronicité de la maladie et de la dépendance aux traitements induit souvent une frustration, un sentiment d’injustice et d’infériorité. La situation est sans aucun doute la même pour les personnes qui souffrent d’autres pathologies chroniques nécessitant des traitements lourds.

Mais, pour en revenir aux insuffisants rénaux, les retentissements financiers de la maladie sont indéniables. 66 % des patients dialysés et 44 % des greffés perçoivent moins de 1 100 euros par mois (sur la période de l’enquête, le salaire médian en France s’élevait à environ 1 600 euros par mois). Bref, les maladies rénales sont un indéniable facteur d’appauvrissement. Et, selon ces enquêtes, les taux d’activité décroissent avec le niveau de diplôme. Les employés, ouvriers et indépendants, qu’ils soient dialysés ou transplantés, sont donc particulièrement pénalisés, a fortiori si leur activité est physiquement éprouvante.

Enfin, l’enquête prouve que les inégalités sociales impactent aussi les parcours médicaux. « L’accès à la greffe, le meilleur traitement de l’insuffisance rénale terminale, augmente nettement à mesure que le niveau d’instruction s’élève. Ainsi, une personne peu diplômée et exerçant un emploi physiquement éprouvant restera plus souvent et plus longtemps en dialyse et paiera aux maladies rénales son tribut le plus fort : l’exclusion du marché du travail et l’appauvrissement le plus important. »

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